L’Occident et Gutenberg

La typographie

Portrait de GutenbergLe XVe siècle fut le siècle des navigateurs et des explorateurs (Christophe Colomb, Henri le navigateur), mais il connut également une autre grande épopée, celle de l’imprimerie. Si Johannes Gensfleisch zum Gutenberg ne peut pas historiquement être considéré comme l’inventeur de l’imprimerie, il a eu le mérite d’avoir fait la synthèse de plusieurs techniques, telles la création d’un alliage au lieu de bois pour la fabrication de caractères mobiles et multipliables par moulage, la mise au point de la presse à vis et de l’encre grasse à base d’huile de lin et de suie de résineux.

Gutenberg était orfèvre et grâce à son savoir-faire et son génie, il acheva l’impression d’une magnifique bible de 1284 pages disposée sur deux colonnes et comptant quarante-deux lignes par colonne (d’où son nom : la bible à 42 lignes). Deux cents exemplaires furent tirés sur papier et sur velin. Cette bible est le premier livre imprimé en Europe, c’est une véritable oeuvre-d’art.

Enluminure d'un atelierSeul Gutenberg réussit à résoudre les innombrables problèmes techniques qui se posaient, et à concevoir des outils aisément utilisables. Les processus de production et les presses avaient atteint d’emblée la quasi-perfection, seules des améliorations mineures y furent apportées pendant les 350 ans qui suivirent cette innovation.

Né à Mayence avant 1400, Gutenberg était installé à Strasbourg en 1438, il mène dans le plus grand secret des recherches sur la fabrication de caractères mobiles métalliques plus performants que ceux en bois. En tant qu’orfèvre il connaissait bien la technique des poinçons, des matrices, des moules et des alliages de métaux. En 1448 de retour à Mayence, il perfectionne son invention. Il met au point la technique pour faire tenir chaque lettre de l’alphabet sur un minuscule morceau de métal. Sa première fonte comptait 270 caractères différents. Ces caractères pouvaient être assemblés à la main en d’infinies combinaisons de mots et de pages prêtes à être imprimées et surtout immédiatement réutilisables.

La casse de boisLa fabrication d’un caractère commençait avec la gravure en relief d’une lettre au sommet d’un poinçon dur. Celui-ci servait à frapper une matrice en métal plus tendre, qu’on plaçait ensuite dans un moule. Un métal fusible à basse température (étain ou plomb), était alors versé dans le moule. Une fois que l’ensemble des caractères était réalisé, ils étaient répartis dans une casse de bois, les lettres capitales dans le « haut de casse » et les lettres minuscules dans le « bas de casse ».

A partir de 1450, Gutenberg s’endette lourdement pour poursuivre son œuvre auprès du banquier Johann Fust, mais faute de pouvoir le rembourser il dut lui céder les bibles et une partie de son matériel. Fust s’associa alors à un des employés de Gutenberg, Peter Schoeffer et ils publièrent ensemble trois ouvrages dont un recueil de psaumes qui fut le premier livre imprimé en couleur et à porter l’adresse et la devise de l’imprimeur.

En Allemagne, l’imprimerie se développe également très rapidement à partir des techniques mises au point par Gutenberg, mais la principale contribution de ce pays fut sans nul doute l’invention du livre illustré. Imprimeurs et graveurs unirent leurs talents pour réaliser des livres ou le texte et les illustrations se cotoient.

Livre AckermannC’est à Venise que Conrad Sweynheyn et Arnold Pannartz publièrent un ensemble d’ouvrages en caractère romain primitif, mais encore très marqué du gothique allemand. C’est à Rome vers 1467 qu’ils dessinèrent de nouveaux caractères proches de la calligraphie italienne et éditèrent une quarantaine d’ouvrages.

Nicolas Jenson, créa entre 1470 et 1480 à Venise, les plus beaux livres imprimés depuis Gutenberg et trois alphabets, romain, gothique et grec qui comptent parmi les œuvres majeures de la Renaissance italienne. Dès lors le caractère romain devait s’imposer.

L’apparition du livre de poche est due à Alde Manuce qui fut le premier imprimeur à s’affranchir totalement du livre manuscrit en éditant des livres de petit format et aux tirages suffisamment importants pour satisfaire la demande européenne. Ses caractères romains et italiques firent faire de nouveaux progrès à la typographie naissante. Entre 1495 et 1496, il publia un petit ouvrage de 60 pages, Le Dialogue De Aetna de Pietro Bembo avec un caractère dessiné par Griffo qui est considéré comme le premier caractère vraiment moderne. Manuce fit également dessiner par Griffo un caractère cursif, l’italique qui permettait d’augmenter le nombre de mots par page, le premier exemple est un Virgile de 1501.

L’italique devait s’imposer ensuite comme signe distinctif du livre humaniste.